Elle est pas belle la vie ?

des zinstantanés de zénitude ... (Vos photos sont les bienvenues ;-) )

mardi 24 novembre 2009

Parenthèse!

Pour information, la prochaine distribution de billets se fera également sur le site MOUAIP, qui contient également des dessins et futures bizarreries.

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vendredi 17 avril 2009

95 - Steppes bye Steppes !

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Province du Kentii (Mongolie).

Août s'achève.

Son énergie quitte doucement les steppes dont le verdoyant en verve des trois derniers mois se mue désormais en un roux silencieux. La nature semble ainsi reprendre son souffle avant d'affronter les hordes hivernales.

L'apathie du soleil levant rendrait mélancolique plus d'un occidental sensible aux contemplations romantiques, mais pas Nandin. Elle est mongole. La steppe ne lui apporte ni solitude ni rêverie désenchantée. Il lui suffit d'ouvrir les yeux pour embrasser et absorber pleinement l'espace qui s'offre à elle.

L'air matinal, chargé de brumes évanescentes et de parfums descendus de la taïga sibérienne, revigore son visage tanné, cuivré, figé par l'ivresse du soleil et l'altitude. Assise sur son cheval, jambes arquées, elle prend la pose et soin de chauffer de sa main calleuse l'encolure sombre de Takh, son cheval przewalski, l'un des derniers de son espèce.

Les pans de sa deel claquent sur ses jambes; l'annonce du départ, par ce vent permanent qui a toujours accompagné les nomades dans leurs errances.

Un mouvement de la hanche, Takh s'ébroue et s'ébranle.

Cela fait trois jours qu'elle a quitté son campement pour faire route vers le sud à la recherche de l'"Horizon Blanc", cette ligne de lumière éclatante, visible à 100kms et symbole du renouveau de la Mongolie; ce pays, autrefois synonyme de force tranquille, isolé et hors du temps, était devenu en l'espace de quelques années une force active, une puissance énergétique sur le plan mondial, mais avec la triste perspective de perdre en retour une partie de son âme: la steppe.

Takh trotte tranquillement, avançant à son rythme, laissant à Nandin le plaisir de savourer les distances, au ralenti, d'apprécier sa véritable place au sein de cette nature. Les plaines mongoles sont en réalité de vastes vallées herbeuses parsemées d'anonymes géants endormis qui n'affichent plus aucune velléité depuis bien longtemps. Les cavaliers ont l'habitude d'y circuler paisiblement, sans doute pour ne pas les réveiller.

Vers midi, la chaleur devient difficile à supporter, sans aucune ombre salvatrice, et pousse la nomade à se poser. Elle balaie les poils en bataille de son cheval, qui s'arrête alors au milieu de nulle part. Nandin met le pied à terre, et tend une couverture entre la selle et le sol pour s'allonger un moment, à l'abri de sa monture.

La tête sur le côté, détendue, elle contemple, entre les mèches noires de jais de sa chevelure, les derniers edelweiss défraichis de la saison, et se dit avant de somnoler qu'elle n'est pas prête à en brûler dans sa yourte ... pour le moment, elle aime cette vie sans attache, sans homme.

Repue de repos et rassasiée de buuz froids, elle rabat sa couverture sur la selle, et s'apprête à enfourcher Takh lorsqu'un objet passe en sifflant à moins de 5 centimètres de son nez! Elle suit dans un réflexe le sens de la trajectoire pour voir atterrir au sol un petit caillou blanc! Elle se retourne aussitôt, et voit un homme, à environ 200m, qui s'approche dans sa direction.

Elle ne bouge plus, ne le quitte pas des yeux. Elle n'est pas vraiment inquiète mais reste alerte cependant.

Encore éloigné de quelques dizaines de mètres, elle remarque qu'il s'agit d'un étranger, de bonne stature. Celui-ci fait vibrer un "Sain baina uu" de convenance, presque sans accent, accompagné d'un grand sourire rassurant. C'est alors qu'elle remarque un détail curieux ... cet inconnu tient à la main un club de golf, faisant office de bâton de marche! Un déclic dans sa tête, elle fait le rapprochement avec ce "caillou" blanc qui vient de la frôler ... et sourit en retour.

-Je suis vraiment désolé, je ne vous avais pas vue! J'ai complètement vrillé mon swing et le vent aidant, Wilson a foncé vers vous! Tout va bien? Il ne vous a pas touché, j'espère?

Nandin agrandit encore son sourire. Elle n'était pas habituée à entendre des étrangers parler sa langue aussi parfaitement, et encore moins à en voir jouer au golf en plein milieu du Kentii, parlant de leur balle comme d'une personne.

-Je n'ai rien, ça va. Mais vous savez qu'il n'y a pas de green dans le coin!? ajouta-t-elle ironiquement. Vous visiez quoi au départ?

Il la dévisagea un instant, les yeux pétillants:

- Aucun "green" ... effectivement, mais regardez-moi ces étendues d'herbe rase! dit-il en balayant théâtralement le paysage de la main. Le Kentii est un golf à ciel ouvert!
Et pour répondre à votre question, je suis parti d'Ulaangom il y a 2 mois et j'ai entrepris de rejoindre Tschoibalsan d'ici 2 à 3 semaines, avant le début de l'automne.
Mais j'ai oublié de me présenter: Wilhelm. Je viens de France, ajouta-t-il.

-Je m'appelle Nandin, dit-elle en s'accoudant sur Takh, sa réserve initiale laissant place nette à toute sa curiosité.
mais ... attendez, vous venez d'Ulaangom ... et vous tapez dans votre balle de golf ... depuis là-bas? Depuis 2 mois?

-Voilà! Vous avez tout compris! Je visite régulièrement la Mongolie depuis une dizaine d'année et je rêvais de parcourir les steppes dans un contexte sportif original, et c'est ce que j'ai trouvé de moins fatiguant! répondit-il en passant sa main dans ses cheveux courts desséchés par le vent.
Et puis, avec la prolifération constante des éoliennes, je voulais me dépêcher de voir les steppes encore vierges de modernisme technologique.

Le visage de Nandin s'assombrit, ce que ne manqua pas de remarquer Wilhelm.
-Oh, excusez-moi, je ne voulais pas casser l'ambiance ... je sais que cette politique énergétique n'est pas appréciée d'une grande partie des mongols. Vous vivez dans cette région, c'est ça?

Elle lui indiqua le sud du menton.
- Je vais justement dans cette direction pour voir à quel vitesse l'horizon blanc avance vers nous. Des cousins qui habitent près d'ici disent qu'il est désormais visible de leur campement.

- Ca ne m'étonne pas. Quand j'ai commencé mon parcours, le gouvernement venait d'annoncer que la 4è phase d'extension atteindrait le nord du Kentii d'ici 5 ans. Il y aura donc des éoliennes très vite par ici.

- Je sais ... marmonna Nandin, le regard dur.

-Bon ... hum ... sinon, vous avez vu où est tombé Wilson? expédia-t-il, le sujet de ces goliaths étant d'évidence assez sensible. Je dois me remettre en route, j'ai pris du retard sur mon planning, en le cherchant pendant 2h ce matin dans un rough du diable !

-Vous avez donné un nom à votre balle de golf? interrogea Nandin, décidément, cet étranger l'intriguait de plus en plus.

-Ah ... oui, c'est vrai qu'après 2 mois, je ne fais plus attention ... c'est en rapport avec le film, Cast Away, dans lequel Tom Hanks se met à parler à un ballon de volley de marque Wilson.
Il se retrouve tout seul sur une île déserte et pour ne pas sombrer dans la folie, il fait de l'anthropomorphisme primaire avec cet alter ego un peu particulier.
Pour faire le lien avec mon histoire, une semaine après mon départ, je cherchais désespérément ma balle suite à un drive de folie; je me suis mis à "engueuler" ma balle, sorte de gamin espiègle qui trouve rigolo de jouer à cache-cache, alors qu'il se met à pleuvoir des cordes.
Lorsque je la trouvai, furieux, je remarquai en l'attrapant et en la sermonnant que la marque de cette balle était ... Wilson! J'étais moi-même seul au milieu de nulle part, en train de parler à une balle ... j'ai trouvé le parallèle amusant; et puis, finalement, le personnifier m'aide à en prendre soin, à tout faire pour le retrouver lorsqu'il semble perdu dans de hautes herbes, afin qu'il m'accompagne de bout en bout de ce challenge.

Le sourire silencieux de Nandin en disait long sur son étonnement. Elle regardait Wilhelm farfouiller entre les edelweiss à la recherche de son caillou, intriguée sur la signification d'une telle rencontre, ici et maintenant.

- Ah, le voilà, il a vraiment dû vous frôler, il était juste derrière votre cheval. Eh bien ... en ce qui me concerne, je continue vers l'Est, je suppose que vous allez plein Sud, non?

-Exact, je dois les voir, et essayer de faire quelque chose. Même seule, je veux essayer de lutter.

- Hum ... vous savez que vous ne pourrez rien faire contre ces géants métalliques ... il y en a déjà plusieurs milliers, et de plus, il parait qu'ils sont très bien gardés ...

Devant le regard fixe et décidé de Nandin, scrutant cet horizon menacé par une aube opaline, Wilhelm agrippa son mini-sac de golf.

-eh bien, écoutez, vous savez quoi? Je ne vous laisserai pas affronter ces éoliennes sans arme! Voyons voir ... ah, tenez ... un fer 3 me parait approprié.

Surprise et ne comprenant pas vraiment le sens de ce cadeau, elle le déclina poliment mais sèchement.

- Tut tut tut (oui, il y a un équivalent à cette onomatopée en Mongol) J'y tiens absolument, considérez que cela rattrape ma maladresse de tout à l'heure lorsque j'ai failli vous assommer.
Et puis, mince, un fer 3! C'est avec ce club que Jack Nicklaus a créé sa légende à l'Open Britannique, en 1978! Une arme redoutable, je vous assure!

Wilhelm affichait alors une telle assurance et une telle confiance que Nandin finit par accepter, et se retrouva avec cette canne entre les mains, arme symbolique offerte par un inconnu venu du bout du monde pour parler à ses balles de golf.

Elle accrocha le club sur le flanc de Takh.

-Ce fut une belle rencontre Nandin, j'espère que vous trouverez ce que vous cherchez là-bas, dit-il en la scrutant.
-Je ne sais pas, répondit-elle, je verrai le moment venu ... merci pour votre canne, ce geste me touche beaucoup.

A son tour, il sourit silencieusement quelques secondes, puis se mit en position pour driver à nouveau Wilson.
Maintenant qu'elle l'imaginait comme une personne vivante, Nandin eut un sursaut lorsque le bois le frappa.
Wilson transperça les airs et fila vers l'Est, vers cet horizon encore naturel. Wilhelm fit un dernier signe de la main et se retourna pour rejoindre son compagnon.

Nandin resta là un moment, à côté de Takh, jusqu'à ce que l'étranger ne fut plus qu'un point à ses yeux.

Les pans de sa deel se mirent à claquer sous le vent ... le signal du départ.

Elle est pas step la vie?

Merci à Nandin pour sa photo de pieds prise dans le bureau d'un ministère mongol ;-)

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mardi 3 mars 2009

94 - Le Parfum, histoire d'un narguilé !

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Allez, pour fêter les 20 ans des Guignols, un court hommage à la chaîne cryptée:

"Cinéééma, cinéééma ... cinémacinéma ... Chichaaaa"

désolé :)

merci à Farah pour sa première participation

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lundi 19 janvier 2009

93 - Là-bas !

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L'année sympathique se profile, il est donc temps de faire une nouvelle oraison d'horizon:
J'irai voir là-bas si j'y suis, et si j'y suis j'y reste!

Cela dit, 2009 a été déclarée "Année de l'Astronomie" ... on sera donc prié de garder le nez en l'air, pour éviter de le mettre dans les affaires du monde qui s'offre à nous.
C'est ainsi d'ailleurs que l'on pourra voir un superbe doigt d'honneur céleste le 26 janvier lors d'une éclipse solaire annulaire. L'éclipse 'majeure' et totale viendra elle le 22 juillet.

Ce qui est sûr, c'est qu'elle ne sera pas celle de l'Astrologie. Si les deux dernières décennies politiques étaient largement menées par quelques gourous divinatoires, les guides spirituels n'ont plus trop la côte médiatique, ce qui nous aura évité fin 2008 les sempiternelles pitreries prévisionnistes.

Elle est Rael la vie?

origine des photos -> ici et

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vendredi 19 décembre 2008

92 - Little Boy !

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Sardonisme élevé au rang de la vertu,
Avalant la lie, en bon vorace, du calice,
Rutilant de stupre, surtendu dans son slip,
Kermit ou Speedy se prenant pour Midas,
Or la vitesse ne crée pour autant la valeur.
Zélé de télé, allumé de bonnes presses
Yogi refoulé, son aigreur est un leurre?

à suivre ... enfin, si c'est possible de le suivre ;-)

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mardi 9 décembre 2008

91 - L'ac tue ! (thx Mister Maëster!)

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Avec ce Web 2.0 et sa capacité à personnaliser l'info en fonction de nos goûts, nous sommes abreuvé de News toutes plus pertinentes les unes que les autres, et il suffirait d'avoir le minimum syndical requis d'esprit d'opposition pour partir en croisade 10 fois par jour, car l'information ne se contente plus d'aller vite, elle part dans toutes les directions à la fois.

A tel point qu'un petit blog comme celui-ci ne peut exister sur la simple base d'analyses et de critiques de l'actualité; car à peine a-t-on délivré une belle satire sur la cocue des Caucus et sa campagne présidentielle pour succéder à son mari au bureau avale, qu'il faut déjà se précipiter en bon "muckracker" sur le scandale des émoluments des "monuments" historiques du Sénat, ou encore celui de Max Mosley, implorant à l'Aide, d'une voix nazillarde : "F1, F1 ..." lors de séances de pool positions. L'info est trop riche en évènements.

Il s'agit un peu du même syndrome qui vous titille lorsque vous vous rendez dans une big laillebreurie et vous retrouvez devant plus de livres que vous ne pourrez jamais en lire dans votre vie. On peut se laisser guider par les buzz du moment et piquer une tête dans les gondoles, mais le fait est que même Hugo Pratt n'a jamais lu "que" 20 000 livres en 60 ans, à raison d'un par jour.

La connaissance est accessible et insaisissable à la fois.

Alors voilà, plutôt que d'investiguer sur les véritables intérêts des chefs d'Etats, venus faire leur 'super'marché au dernier G20, plutôt que de brader une news croustillante sur Brad et Angelina, laissons-nous plutôt porter par une facilité narrative à la Pierre Dac, Les Nuls ou Les Robins des bois ...

- Et pendant ce temps là, à Bergen ... elle est pas belle la vie?

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samedi 15 novembre 2008

90 - Björk in Fjord !

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Pour une fois, on va laisser l'image parler ...

merci à Severine qui passe une année sabbatique apparemment bien sympathique ;-)

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mardi 11 novembre 2008

89 - Scissor Sisters !

P_dalo___Lyon

1er avril 1917, à Troyes: 6h15

L'allure dégingandée, Corentin Celton courait cahin-caha sous un crachin matinal, qui lui rappelait sa Bretagne natale. Le sport n'était pas son fort, et il s'ébrouait à trouver un improbable deuxième souffle, entre deux quintes de toux, sur la faible distance qui le séparait encore de l'entrepôt des postes de Bellegarde, en bout de gare.

Cette aube de printemps était comme hiver ... sombre et insolite ... c'était la guerre de 14-18 et les 16 automnes de Corentin auraient logiquement dû le projeter sur un front garni de soldats tout juste pubères. C'était sans compter cette toux qui le taraudait en continu depuis l'âge de 12 ans, suite à une déglutition ratée de la balle en argent de son grand-père Edern Celton, vestige de la la guerre franco-prussienne de 1871.

A l'origine de cette bille logée au milieu de ses poumons, provoquant une irritation et une toux permanentes, il y avait un pari puéril lancé à son frère cadet Yannek. Son esprit poétiquement mutin se voyait déjà couler un bronze en argent sur le zinc du bistrot familial à Trebeurden. Et voilà comment un détournement au niveau de la trachée, lui valu d'échapper aux caniveaux des tranchées, pour se retrouver au tri du service militaire des postes de Rhône-Alpes.

Une journée au contrôle postal démarrait toujours par le sifflement du train de 5h47, qui charriait sur un quai glacé quelques sacs de toile grossière, bourrés de paroles de poilus. L'officier Emile Jouffrin était de déchargement ce jour-là, et finissait d'éventrer les sacs postaux sur une planche posée au fond du bureau des postes, lorsque Corentin se glissa dans la pièce.

"En retard!" lui admonesta officiellement Emile, et sans attendre d'excuse, ajouta:"Prend le tisonnier et remue cette mauvaise tourbe, elle ne veut pas partir."
Penaud, Corentin s'approcha du poêle, sans broncher, et enfonça la pointe au cœur de la terre tout juste rougeaude, pour tenter de réchauffer l'atmosphère.

La centaine de soldats, caporaux, sous-officiers, adjudants, lieutenants et enfin capitaines embauchaient ensuite dans cet ordre, entre 6h30 et 7h, dans une solennité renforcée par des moustaches inamovibles. Ces recalés, planqués et blessés légers avaient tous conscience d'être privilégiés, et bataillaient ferme pour tenir leur position pour ces postes jalousés par des millions de soldats. L'ambiance n'était donc pas des plus jouasse, ce qui n'était pas vraiment du goût de Corentin. Depuis 5 mois, il triait inlassablement des monceaux de lettres pour les déposer par paquet de dix, au rythme de ses toussotements, devant des soldats chargés de lire quotidiennement, mal assis et sous une lumière pauvre, pas moins de 400 correspondances, tels des moines traquant minutieusement la moindre indiscrétion, dans un silence lugubre.

Une seule pause déjeuner d'une heure, de midi à 13h, pour bâfrer une gamelle de topinambours au jus de viande et boire un demi-litron de vinasse; et le travail reprenait pour ne s'interrompre qu'à 18h, le tout 6 jours sur 7. Les journées étaient donc mornes et répétitives ... jusqu'à ce jour de 1er avril.

Les facultés de lecture étant généralement altérées par la digestion, entre 14h et 15h, Corentin savait que s'il se dépêchait de distribuer ses piles de lettres, cela lui donnait quelques minutes de repos avant d'entamer la tournée suivante. Et c'est lors d'une de ces courtes pauses que son regard se posa par un grand hasard sur une lettre très particulière, trônant en haut de l'énorme tas, dont il ne faisait d'ordinaire pas grand cas.

Il s'agissait d'une enveloppe banale, sur laquelle l'expéditeur avait dessiné un visage souriant, clignant de l'oeil, à gauche d'un destinataire étonnant: "Aux lecteurs du service des postes de Bellegarde - 01200 BELLEGARDE"

Sa curiosité naturelle était comblée! Aucune autre singularité apparente. Seul ce visage bonhomme laissait penser qu'il ne s'agissait pas d'une simple missive adressée au service des postes! Il y avait plus! Et son instinct trublion vibrait de découvrir par lui-même ce qu'elle renfermait.

Il en était là de ses réflexions quand un rappel à l'ordre du capitaine le diligenta à glisser discrètement la lettre dans sa poche pour reprendre fissa ses tournées. Ce n'est qu'une heure plus tard qu'il eut à nouveau quelques minutes pour se mettre à l'écart et se décider à décacheter le courrier à l'abri des regards.

L'écriture était agréable et les premières lignes lui décochèrent un sourire malicieux qui ne tarda pas à se parsemer de rires, en anacrouses de sa symphonie pulmonaire.

"Chère Anastasie,
Tu dois te sentir bien seule dans tes retranchements, attaquée sur tous les fronts par des armées de défaitistes ou pacifistes, qui t'écrivent à tout va des phrases telles que: "Le censeur boit le sang des frères", "Est-ce que les troufions ont le feu à l'arrière?" ou encore "Vous ne risquez de crever que de petite mort".

Mais moi, je sais bien que tu ne censures pas de bon cœur, et que tes ciseaux ne sont pas envoyés au rémouleur par pur plaisir. Comme tout le monde, tu as envie d'être aimée, reconnue, et je suis sûr qu'il t'arrive de rire à gorge dévoyée à l'écoute d'une blague bien salace; me trompe-je?

Alors oui! Nous sommes embourbés dans les tranchées, crevant de faim sous le feu nourri de l'ennemi, rêvant d'oeufs bochés, nous demandant pourquoi les russes jouent les fauteurs de roubles en nous abandonnant à notre triste mort!

Alors oui! Les braves en bavent, et ils oublient trop vite les combattants de l'ombre qui ont renoncé au devant de la scène pour endosser un rôle ingrat, celui de l'immaculée conscription.

Tu auras très prochainement l'occasion de me lire à nouveau, et j'espère que j'arriverai à te tirer quelques larmes de joie.

Pour finir, j'aimerais signaler que l'été arrive et que la question de la coupe estivale va se poser! Alors, fraîche ou franche, si j'ai mon mot à dire, je l'aimerais légèrement dégagée sur les oreilles!

amicalement,

Le soldat méconnu

Pet Mortem: les coups et les douleurs ne se commandent pas, cependant je reste à votre sévice!

Corentin n'en revenait pas! Lors des veillées nocturne à la caserne, les soldats du CPM parlaient régulièrement de poilus qui prenaient les censeurs à partie dans leurs correspondances à leurs proches, mais il n'avait jamais eu vent de lettres directement adressées au contrôle postal, et encore moins pour tenter de le faire rire!

Encore émerveillé d'une telle audace d'écriture, pourtant passible de mort en cette année 1917, il reprit sa tournée, guilleret et soucieux. Il ne savait que faire de cette lettre ... fallait-il qu'il la signale au capitaine, avec le risque qu'on lui reproche de l'avoir ouverte? Ou se donnait-il le droit de la garder pour lui? La réponse lui vint le lendemain, claire et lumineuse, lorsqu'il découvrit au fil de la journée une cinquantaine de nouvelles lettres de ce drôle de correspondant, au milieu des sacs du jour, toutes affublées d'un visage souriant sur les enveloppes!

Il les mit de côté, une à une, attendant l'occasion propice pour agir, et lorsqu'il en eut assez, confectionna une série de piles de 10 lettres contenant toutes un témoignage de ce "soldat méconnu". Il regarda l'assemblée de mines austères, plongées 12 heures par jour dans l'intimité de leurs compatriotes, et se lança dans une tournée triomphale, provoquant quelques minutes plus tard l'effet escompté.

Des rires étouffés, éparpillés, puis de francs éclats de joie de vivre fusant de partout, incontrolés, spontanés. Le capitaine, qui lisait le Crapouillot sur sa chaise grinçante, soufflé par cette soudaine grosse poilade, resta coi sur sa chaise, avant de reprendre le contrôle du contrôle postal. Le bureau des postes reprit bientôt son état normal, répétitif et morne, mais l'espace d'un instant, Corentin avait réussi, avec l'aide d'un illustre inconnu, à créer une atmosphère de gaité partagée.


Merci à Théo pour sa première participation sur les eaux lyonnaises, avec ces 2 paires de ciseaux à bouts ronds et pointus ;-)


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samedi 1 novembre 2008

88 - Elle est pas belle la mort ?

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Et Schrödinger ouvrit la boîte de Pandore et après quelques secondes de silence, dit gravement:

-"le petit chat est mort!"

Les zombies reviennent à la mode. Ce concept vaudou, que s'est approprié Hollywood ces dernières décennies, fascine des générations d'ados, au même titre que les légendes lycanthropiques ou vampiriques.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que l'on retrouve également des morts-vivants dans des domaines plus inhabituels, comme la physique quantique!

Dès 1935, Schrödinger développait sa réflexion sur la probabilité de présence et d'état des particules, pouvant brusquement devenir déterministes si perturbées par une mesure, en la soumettant à un rapprochement au macroscopique:

->On place un chat dans une boîte, à côté d'une fiole de gaz mortel qui s'ouvre dès qu'un compteur geiger détecte une désintégration d'une particule radioactive. Or, la physique quantique indique qu'un atome radioactif a 50% de chance de se désintégrer dans un délai d'une minute. Pendant cette minute, l'atome est ainsi dans un état probabiliste, tout comme le chat, qui, tant qu'on n'a pas ouvert la boîte, est mi-mort, mi-vivant.

Un classement des morts les plus "ridicules"  --> ICI

PS: un ptit clin d'oeil à Fredinou et sa fameuse lettre de réconciliation qui m'a tant inspiré depuis 10 ans ;-)

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mercredi 29 octobre 2008

87 - Stairway to Hell !

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L'échec à l'audimat du journal de TF1, qui chute de jour en jour, amène les dirigeants de la chaîne à revoir leur copie au sujet de Poivre D'Arvor. Parce qu'un pourcentage qui flirte avec le pourmille, cela titille les sages de chez Bouygues. L'action amène la réaction, et vice versa, il est donc envisagé de faire revenir la star déchue, déçue de son éviction.

Les mauvaises langues diront bien sûr que Nonce Paolini n'a pas une once d'amour propre en fantasmant déjà sur un nouveau coup médiatique; les mauvais esprits diront quant à eux que dès l'affaire Ferrari, tout était programmé pour ce jité de 20h en perte de vitesse. Il fallait choquer les méninges de la ménagère pour que la vapeur rejaillisse et fasse bouillir les passions pour le breton, qui reviendrait ensuite en état de grâce, plebicité entre deux publicités.

Elle est ppda la vie?

Au passage, si vous aimez Stephane Guillon (même si ce n'est pas le meilleur sketch) --> ici

origine de la photo: un escalier lyonnais.

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