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La modernité d'aujourd'hui est le conservatisme de demain, et l'art n'échappe pas à cette maxime.
C'est ainsi qu'au début du 19ème siècle, en pleine période 'néoclassique', les pontes de la peinture voyaient d'un mauvais œil tout essai de représentation fidèle de la réalité, et plus particulièrement de pieds, symbole sexuel sudoripare.
Il était donc fréquent d'affubler ces œuvres d'un genre nouveau, d'une histoire de comptoir rocambolesque, ou d'une aura mystérieuse, d'un subtil halo d'irrationnel (ndlr: l'astrologie fut et restera un métier d'avenir, à défaut de réellement prédire celui-ci), afin de séduire les esprits mauvais.

"La Rotonde" (ci-dessus), célèbre tableau parisien de style 'réaliste', fascine depuis 200 ans les amateurs d'art et autres huiles scolaires. On pourrait s'étendre sur l'air boisé de cette composition exempt de toute fioriture forçant les perspectives, la peau elle-même ne s'habillant que de quelques ombres consensuelles.

A l'instar du sourire de "La Joconde", on pourrait flâner des heures en scrutant l'universalité qui émane de la quiétude de ces pieds croisés sur une toile qui était odieusement surnommée à l'époque: Croûte plantaire.

Le plus fascinant réside en fait dans le pouvoir mystérieux de ce tableau. En effet, ses détenteurs successifs furent tour à tour frappés de scoumounes, guignes et autres tribulations de mauvaises fortunes, dès l'instant où ils prirent possession de cette nature presque vivante. La chance qui les avait enrichi et leur avait offert le luxe et le temps de s'attarder sur cette passion artistique, se retournait à présent contre eux. Tous leurs projets et entreprises échouaient, jusqu'à ce qu'ils fassent le rapprochement et se séparent de ce tableau.

Et bizarrement, alors que l'on aurait pu croire qu'il serait jeté misérablement dans quelque bûcher des vanités ou aurait conclu une vie de gâchis au fond d'un bazar byzantin, recouvert d'un glacis vénitien, le tableau s'accrochait à la lumière. On le revoyait surgir régulièrement et anonymement en têtes de gondole via des articles mentionnant de célèbres industriels, politiciens ou artistes au creux de la vague, le dernier en date étant Terry Gilliam, ancien Monty Python, donnant l'impression d'une addiction aux malédictions depuis quelques années.

Amateur de pieds de nez et de farniente, il avait voulu s'offrir cette toile, qui symbolisait ses deux passions. Et c'est là que débutèrent les ennuis. Après ses rudes déboires avec Bruce Willis sur le plateau de "l'Armée des 12 singes", les affres du tournage de "Lost in la Mancha", l'obligeant à tout stopper, c'est maintenant au tour de son dernier film:"The imaginarium of Doctor Parnassus" de subir cette malédiction de plein fouet ... la mort de son acteur principal, en plein milieu du tournage: Heath Ledger.

Tout ça pour dire au final que le dernier Batman est vraiment sympa ;-)
Elle est peinture la vie?

De vraies malédictions --> ICI

Merci à Ophélie pour sa photo (J'ai juste 1 an de retard dans la rédaction de son post :-p)